Les prisonniers de la course

La course est une formidable machine à créer des prisonniers!La course est une formidable machine à créer des prisonniers! Quand un corsaire prend un navire ennemi, son équipage se constitue la plupart du temps prisonnier et il revient au corsaire de le prendre en charge. Bien que ces bouches à nourrir coûtent cher aux corsaires, les prisonniers sont aussi une richesse puisqu'ils servent de monnaie d'échange. De surcroît, les renseignements obtenus de ces prisonniers lors des interrogatoires s'avèrent parfois des sources d'information précieuses sur les mouvements ennemis.

prisonnier

Ces prisonniers sont généralement traités avec beaucoup d'égards, gardés chez l'habitant ou l'armateur du corsaire. Toutefois, la course étant quand même un acte de guerre, il arrive aussi que des prisonniers soient maltraités.



La capture de Mgr de Saint-Vallier

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Alors qu'il revient à Québec en 1704, après quatre années passées en Europe, Mgr de Saint-Vallier est capturé par une flotte anglaise dont certains navires sont corsaires. Il sera dès lors prisonnier pendant cinq ans en Angleterre. Il y reçoit les égards dus à son rang et est bien traité. Cependant, il demeure en captivité, alors que les Anglais négocient son échange contre des compatriotes gardés par les Français.

Les négociations pour l'échange de Mgr de Saint-Vallier contre l'évêque de Liège, un prisonnier de « valeur » équivalente à l'évêque de Québec, ont été des plus compliquées. Finalement, Saint-Vallier ne reviendra à Québec qu'en 1713.

Un larcin sur une prise à Québec

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Comme cela était fréquent à l'époque, plusieurs prisonniers sont logés à Québec chez l'armateur du vaisseau corsaire ou dans toute autre maison où l'armateur juge bon de les loger. Cette situation donne parfois lieu à de drôles d'histoires!

Ainsi, à l'automne 1712, un vol important a lieu sur une prise ancrée en rade de Québec : des cordages et autres agrès sont dérobés sur le navire la Catherine. Or, pour démasquer le ou les voleurs, les autorités ont pour seuls témoins... des matelots anglais de la Catherine, prisonniers dans une maison du Cul-de-Sac de Québec!

Les échanges de prisonniers

En temps de conflit, les autorités négocient pour sauver leurs sujets détenus par l'ennemi. On relâche alors quelques-uns de nos prisonniers pour que l'ennemi fasse de même.

En novembre 1744, le gouverneur de l'Île Royale en Acadie écrit au gouverneur du Massachusetts, pour lui proposer un échange de prisonniers :

« Je vous renvoie par les mêmes bâtiments tous les prisonniers pris dans un corsaire de votre contrée et de différents bâtiments excepté une partie de 67 que j'ai envoyée à Plaisance pour y être échangée contre des prisonniers pêcheurs et autres qui y sont. »

ANC, MG1 Fonds des Colonies. Série C11A. Correspondance générale. 15/09/1744

Félix O'Hara, un prisonnier politique

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Pour pallier le manque de troupes régulières pour la défense du pays, une milice locale est mise en place en plusieurs endroits du Canada, comme c'est le cas à Percé en Gaspésie.

À l'été 1782, les corsaires américains frappent un grand coup et attaquent le poste de Percé plusieurs fois de suite. Ils vont même jusqu'à débarquer à terre et pousser le seul canon de la milice dans l'eau au bas de la falaise. En partant, ils brûlent tous les vaisseaux qu'ils trouvent et font prisonnier le chef de la milice de Percé, le marchand Félix O'Hara. Ils le traînent sur leur navire où ils lui font subir un procès-spectacle devant un tribunal improvisé. Le marchand y est notamment accusé d'être riche! Acquitté et renvoyé sur le rivage à bord d'un canot, il est traité assez durement.

Les corsaires américains, hautement politisés, appliquent une « justice » influencée des idéaux de la Révolution américaine. Leur ennemi juré au Canada est le marchand britannique qui exploite les habitants canadiens français et autochtones. Voilà pourquoi O'Hara, marchand en plus d'être chef de milice, est traité de cette façon.